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Cahier de l'élève



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Littérature : Texte intégral - L'Avare de Molière - Acte 5

< Acte IV Sommaire, Introduction, 1, 2, 3, 4, 5

Acte V


Scène I

Harpagon, Le Commissaire, son Clerc

Le Commissaire
Laissez−moi faire : je sais mon métier, Dieu merci. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je me mêle de découvrir des vols ; et je voudrois avoir autant de sacs de mille francs que j'ai fait pendre de personnes.

Harpagon
Tous les magistrats sont intéressés à prendre cette affaire en main ; et si l'on ne me fait retrouver mon argent, je demanderai justice de la justice.

Le Commissaire
Il faut faire toutes les poursuites requises. Vous dites qu'il y avoit dans cette cassette... ?

Harpagon
Dix mille écus bien comptés.

Le Commissaire
Dix mille écus !

Harpagon
Dix mille écus.

Le Commissaire
Le vol est considérable.

Harpagon
Il n'y a point de supplice assez grand pour l'énormité de ce crime ; et s'il demeure impuni, les choses les plus sacrées ne sont plus en sûreté.

Le Commissaire
En quelles espèces étoit cette somme ?

Harpagon
En bons louis d'or et pistoles bien trébuchantes.

Le Commissaire
Qui soupçonnez−vous de ce vol ?

Harpagon
Tout le monde ; et je veux que vous arrêtiez prisonniers la ville et les faubourgs.

Le Commissaire
Il faut, si vous m'en croyez, n'effaroucher personne, et tâcher doucement d'attraper quelques preuves, afin de procéder après par la rigueur au recouvrement des deniers qui vous ont été pris.

Scène II


Maître Jacques, Harpagon, Le Commissaire, Son Clerc

Maître Jacques, au bout du théâtre, en se retournant du côté dont il sort.
Je m'en vais revenir. Qu'on me l'égorge tout à l'heure ; qu'on me lui fasse griller les pieds, qu'on me le mette dans l'eau bouillante, et qu'on me le pende au plancher.

Harpagon
Qui ? celui qui m'a dérobé ?

Maître Jacques
Je parle d'un cochon de lait que votre intendant me vient d'envoyer, et je veux vous l'accommoder à ma fantaisie.

Harpagon
Il n'est pas question de cela ; et voilà Monsieur, à qui il faut parler d'autre chose.

Le Commissaire
Ne vous épouvantez point. Je suis homme à ne vous point scandaliser, et les choses iront dans la douceur.

Maître Jacques
Monsieur est de votre soupé ?

Le Commissaire
Il faut ici, mon cher ami, ne rien cacher à votre maître.

Maître Jacques
Ma foi ! Monsieur, je montrerai tout ce que je sais faire, et je vous traiterai du mieux qu'il me sera possible.

Harpagon
Ce n'est pas là l'affaire.

Maître Jacques
Si je ne vous fais pas aussi bonne chère que je voudrois, c'est la faute de Monsieur notre intendant, qui m'a rogné les ailes avec les ciseaux de son économie.

Harpagon
Traître, il s'agit d'autre chose que de souper ; et je veux que tu me dises des nouvelles de l'argent qu'on m'a pris.

Maître Jacques
On vous a pris de l'argent ?

Harpagon
Oui, coquin ; et je m'en vais te pendre, si tu ne me le rends.

Le Commissaire
Mon Dieu ! ne le maltraitez point. Je vois à sa mine qu'il est honnête homme, et que sans se faire mettre en prison, il vous découvrira ce que vous voulez savoir. Oui, mon ami, si vous nous confessez la chose, il ne vous sera fait aucun mal, et vous serez récompensé comme il faut par votre maître. On lui a pris aujourd'hui son argent, et il n'est pas que vous ne sachiez quelques nouvelles de cette affaire.

Maître Jacques, à part.
Voici justement ce qu'il me faut pour me venger de notre intendant : depuis qu'il est entré céans, il est le favori, on n'écoute que ses conseils, et j'ai aussi sur le coeur les coups de bâton de tantôt.

Harpagon
Qu'as−tu à ruminer ?

Le Commissaire
Laissez−le faire : il se prépare à vous contenter, et je vous ai bien dit qu'il étoit honnête homme.

Maître Jacques
Monsieur, si vous voulez que je vous dise les choses, je crois que c'est Monsieur votre cher intendant qui a fait le coup.

Harpagon
Valère ?

Maître Jacques
Oui.

Harpagon
Lui, qui me paroît si fidèle ?

Maître Jacques
Lui−même. Je crois que c'est lui qui vous a dérobé.

Harpagon
Et sur quoi le crois−tu ?

Maître Jacques
Sur quoi ?

Harpagon
Oui.

Maître Jacques
Je le crois... sur ce que je le crois.

Le Commissaire
Mais il est nécessaire de dire les indices que vous avez.

Harpagon
L'as−tu vu rôder autour du lieu où j'avois mis mon argent ?

Maître Jacques
Oui, vraiment. Où étoit−il votre argent ?

Harpagon
Dans le jardin.

Maître Jacques
Justement : je l'ai vu rôder dans le jardin. Et dans quoi est−ce que cet argent étoit ?

Harpagon
Dans une cassette.

Maître Jacques
Voilà l'affaire : je lui ai vu une cassette.

Harpagon
Et cette cassette, comment est−elle faite ? Je verrai bien si c'est la mienne.

Maître Jacques
Comment elle est faite ?

Harpagon
Oui.

Maître Jacques
Elle est faite... elle est faite comme une cassette.

Le Commissaire
Cela s'entend. Mais dépeignez−la un peu, pour voir.

Maître Jacques
C'est une grande cassette.

Harpagon
Celle qu'on m'a volée est petite.

Maître Jacques
Eh ! oui, elle est petite, si on le veut prendre par là ; mais je l'appelle grande pour ce qu'elle contient.

Le Commissaire
Et de quelle couleur est−elle ?

Maître Jacques
De quelle couleur ?

Le Commissaire
Oui.

Maître Jacques
Elle est de couleur... là, d'une certaine couleur... Ne sauriez−vous m'aider à dire ?

Harpagon
Euh ?

Maître Jacques
N'est−elle pas rouge ?

Harpagon
Non, grise.

Maître Jacques
Eh ! oui, gris−rouge : c'est ce que je voulois dire.

Harpagon
Il n'y a point de doute : c'est elle assurément. Ecrivez, Monsieur, écrivez sa déposition. Ciel ! à qui désormais se fier ? Il ne faut plus jurer de rien ; et je crois après cela que je suis homme à me voler moi−même.

Maître Jacques
Monsieur, le voici qui revient. Ne lui allez pas dire au moins que c'est moi qui vous ai découvert cela.

Scène III


Valère, Harpagon, le Commissaire, Son Clerc, Maître Jacques

Harpagon
Approche : viens confesser l'action la plus noire, l'attentat le plus horrible qui jamais ait été commis.

Valère
Que voulez−vous, Monsieur ?

Harpagon
Comment, traître, tu ne rougis pas de ton crime ?

Valère
De quel crime voulez−vous donc parler ?

Harpagon
De quel crime je veux parler, infâme ! comme si tu ne savois pas ce que je veux dire. C'est en vain que tu prétendrois de le déguiser : l'affaire est découverte, et l'on vient de m'apprendre tout. Comment abuser ainsi de ma bonté, et s'introduire exprès chez moi pour me trahir ? pour me jouer un tour de cette nature ?

Valère
Monsieur, puisqu'on vous a découvert tout, je ne veux point chercher de détours et vous nier la chose.

Maître Jacques
Oh ! oh ! aurois−je deviné sans y penser ?

Valère
C'étoit mon dessein de vous en parler, et je voulois attendre pour cela des conjonctures favorables ; mais puisqu'il est ainsi, je vous conjure de ne vous point fâcher, et de vouloir bien entendre mes raisons.

Harpagon
Et quelles belles raisons peux−tu me donner, voleur infâme ?

Valère
Ah ! Monsieur, je n'ai pas mérité ces noms. Il est vrai que j'ai commis une offense envers vous ; mais, après tout, ma faute est pardonnable.

Harpagon
Comment, pardonnable ? Un guet−apens ? Un assassinat de la sorte ?

Valère
De grâce, ne vous mettez point en colère. Quand vous m'aurez ouï, vous verrez que le mal n'est pas si grand que vous le faites.

Harpagon
Le mal n'est pas si grand que je le fais ! Quoi ? Mon sang, mes entrailles, pendard ?

Valère
Votre sang, Monsieur, n'est pas tombé dans de mauvaises mains. Je suis d'une condition à ne lui point faire de tort, et il n'y a rien en tout ceci que je ne puisse bien réparer.

Harpagon
C'est bien mon intention, et que tu me restitues ce que tu m'as ravi.

Valère
Votre honneur, Monsieur, sera pleinement satisfait.

Harpagon
Il n'est pas question d'honneur là dedans. Mais, dis−moi, qui t'a porté à cette action ?

Valère
Hélas ! me le demandez−vous ?

Harpagon
Oui, vraiment, je te le demande.

Valère
Un dieu qui porte les excuses de tout ce qu'il fait faire : l'Amour.

Harpagon
L'Amour ?

Valère
Oui.

Harpagon
Bel amour, bel amour, ma foi ! l'amour de mes louis d'or.

Valère
Non, Monsieur, ce ne sont point vos richesses qui m'ont tenté ; ce n'est pas cela qui m'a ébloui, et je proteste de ne prétendre rien à tous vos biens, pourvu que vous me laissiez celui que j'ai.

Harpagon
Non ferai, de par tous les diables ! je ne te le laisserai pas. Mais voyez quelle insolence de vouloir retenir le vol qu'il m'a fait !

Valère
Appelez−vous cela un vol ?

Harpagon
Si je l'appelle un vol ? Un trésor comme celui−là !

Valère
C'est un trésor, il est vrai, et le plus précieux que vous ayez sans doute ; mais ce ne sera pas le perdre que de me le laisser. Je vous le demande à genoux, ce trésor plein de charmes ; et pour bien faire, il faut que vous me l'accordiez.

Harpagon
Je n'en ferai rien. Qu'est−ce à dire cela ?

Valère
Nous nous sommes promis une foi mutuelle, et avons fait serment de ne nous point abandonner.

Harpagon
Le serment est admirable, et la promesse plaisante !

Valère
Oui, nous nous sommes engagés d'être l'un à l'autre à jamais.

Harpagon
Je vous empêcherai bien, je vous assure.

Valère
Rien que la mort ne nous peut séparer.

Harpagon
C'est être bien endiablé après mon argent.

Valère
Je vous ai déjà dit, Monsieur, que ce n'étoit point l'intérêt qui m'avoit poussé à faire ce que j'ai fait. Mon coeur n'a point agi par les ressorts que vous pensez, et un motif plus noble m'a inspiré cette résolution.

Harpagon
Vous verrez que c'est par charité chrétienne qu'il veut avoir mon bien ; mais j'y donnerai bon ordre ; et la justice, pendard effronté, me va faire raison de tout.

Valère
Vous en userez comme vous voudrez, et me voilà prêt à souffrir toutes les violences qu'il vous plaira ; mais je vous prie de croire, au moins, que, s'il y a du mal, ce n'est que moi qu'il en faut accuser, et que votre fille en tout ceci n'est aucunement coupable.

Harpagon
Je le crois bien, vraiment ; il seroit fort étrange que ma fille eût trempé dans ce crime. Mais je veux ravoir mon affaire, et que tu me confesses en quel endroit tu me l'as enlevée.

Valère
Moi ? je ne l'ai point enlevée, et elle est encore chez vous.

Harpagon
O ma chère cassette ! Elle n'est point sortie de ma maison ?

Valère
Non, Monsieur

Harpagon
Hé ! dis−moi donc un peu : tu n'y as point touché ?

Valère
Moi, y toucher ? Ah ! vous lui faites tort, aussi bien qu'à moi ; et c'est d'une ardeur toute pure et respectueuse que j'ai brûlé pour elle.

Harpagon
Brûlé pour ma cassette !

Valère
J'aimerois mieux mourir que de lui avoir fait paroître aucune pensée offensante : elle est trop sage et trop honnête pour cela.

Harpagon
Ma cassette trop honnête !

Valère
Tous mes desirs se sont bornés à jouir de sa vue ; et rien de criminel n'a profané la passion que ses beaux yeux m'ont inspirée.

Harpagon
Les beaux yeux de ma cassette ! Il parle d'elle comme un amant d'une maîtresse.

Valère
Dame Claude, Monsieur, sait la vérité de cette aventure, et elle vous peut rendre témoignage...

Harpagon
Quoi ? ma servante est complice de l'affaire ?

Valère
Oui, Monsieur, elle a été témoin de notre engagement ; et c'est après avoir connu l'honnêteté de ma flamme, qu'elle m'a aidé à persuader votre fille de me donner sa foi, et recevoir la mienne.

Harpagon
Eh ? Est−ce que la peur de la justice le fait extravaguer ? Que nous brouilles−tu ici de ma fille ?

Valère
Je dis, Monsieur, que j'ai eu toutes les peines du monde à faire consentir sa pudeur à ce que vouloit mon amour.

Harpagon
La pudeur de qui ?

Valère
De votre fille ; et c'est seulement depuis hier qu'elle a pu se résoudre à nous signer mutuellement une promesse de mariage.

Harpagon
Ma fille t'a signé une promesse de mariage !

Valère
Oui, Monsieur, comme de ma part je lui en ai signé une.

Harpagon
O Ciel ! autre disgrâce !

Maître Jacques
Ecrivez, Monsieur, écrivez.

Harpagon
Rengrégement de mal ! surcroît de désespoir ! Allons, Monsieur, faites le dû de votre charge, et dressez−lui−moi son procès, comme larron, et comme suborneur.

Valère
Ce sont des noms qui ne me sont point dus ; et quand on saura qui je suis...

Scène IV


Elise, Mariane, Frosine, Harpagon, Valère, Maître Jacques, Le Commissaire, Son Clerc

Harpagon
Ah ! fille scélérate ! fille indigne d'un père comme moi ! c'est ainsi que tu pratiques les leçons que je t'ai données ? Tu te laisses prendre d'amour pour un voleur infâme, et tu lui engages ta foi sans mon consentement ? Mais vous serez trompés l'un et l'autre. Quatre bonnes murailles me répondront de ta conduite ; et une bonne potence me fera raison de ton audace.

Valère
Ce ne sera point votre passion qui jugera l'affaire ; et l'on m'écoutera, au moins, avant que de me condamner.

Harpagon
Je me suis abusé de dire une potence, et tu seras roué tout vif.

Elise, à genoux devant son père.
Ah ! mon père, prenez des sentiments un peu plus humains, je vous prie, et n'allez point pousser les choses dans les dernières violences du pouvoir paternel. Ne vous laissez point entraîner aux premiers mouvements de votre passion, et donnez−vous le temps de considérer ce que vous voulez faire. Prenez la peine de mieux voir celui dont vous vous

offensez : il est tout autre que vos yeux ne le jugent ; et vous trouverez moins étrange que je me sois donnée à lui, lorsque vous saurez que sans lui vous ne m'auriez plus il y a longtemps. Oui, mon père, c'est celui qui me sauva de ce grand péril que vous savez que je courus dans l'eau, et à qui
vous devez la vie de cette même fille dont...

Harpagon
Tout cela n'est rien ; et il valoit bien mieux pour moi qu'il te laissât noyer que de faire ce qu'il a fait.

Elise
Mon père, je vous conjure, par l'amour paternel, de me...

Harpagon
Non, non, je ne veux rien entendre ; et il faut que la justice fasse son devoir.

Maître Jacques
Tu me payeras mes coups de bâton.

Frosine
Voici un étrange embarras.

Scène V


Anselme, Harpagon, Elise, Mariane, Frosine, Valère, Maître Jacques, le Commissaire, Son Clerc

Anselme
Qu'est−ce, seigneur Harpagon ? je vous vois tout ému.

Harpagon
Ah ! seigneur Anselme, vous me voyez le plus infortuné de tous les hommes ; et voici bien du trouble et du désordre au contrat que vous venez faire ? On m'assassine dans le bien, on m'assassine dans l'honneur ; et voilà un traître, un scélérat, qui a violé tous les droits les plus saints, qui s'est coulé chez moi sous le titre de domestique, pour me dérober mon argent et pour me suborner ma fille.

Valère
Qui songe à votre argent, dont vous me faites un galimatias ?

Harpagon
Oui, ils se sont donné l'un et l'autre une promesse de mariage. Cet affront vous regarde, seigneur Anselme, et c'est vous qui devez vous rendre partie contre lui, et faire toutes les poursuites de la justice, pour vous venger de son insolence.

Anselme
Ce n'est pas mon dessein de me faire épouser par force, et de rien prétendre à un coeur qui se seroit donné ; mais pour vos intérêts, je suis prêt à les embrasser ainsi que les miens propres.

Harpagon
Voilà Monsieur qui est un honnête commissaire, qui n'oubliera rien, à ce qu'il m'a dit, de la fonction de son office. Chargez−le comme il faut, Monsieur, et rendez les choses bien criminelles.

Valère
Je ne vois pas quel crime on me peut faire de la passion que j'ai pour votre fille ; et le supplice où vous croyez que je puisse être condamné pour notre engagement, lorsqu'on saura ce que je suis...

Harpagon
Je me moque de tous ces contes ; et le monde aujourd'hui n'est plein que de ces larrons de noblesse, que de ces imposteurs, qui tirent avantage de leur obscurité, et s'habillent insolemment du premier nom illustre qu'ils
s'avisent de prendre.

Valère
Sachez que j'ai le coeur trop bon pour me parer de quelque chose qui ne soit point à moi, et que tout Naples
peut rendre témoignage de ma naissance.

Anselme
Tout beau ! prenez garde à ce que vous allez dire. Vous risquez ici plus que vous ne pensez ; et vous parlez devant un homme à qui tout Naples est connu, et qui peut aisément voir clair dans l'histoire que vous ferez.

Valère, en mettant fièrement son chapeau.
Je ne suis point homme à rien craindre, et si Naples vous est connu, vous savez qui étoit Dom Thomas d'Alburcy.

Anselme
Sans doute, je le sais ; et peu de gens l'ont connu mieux que moi.

Harpagon
Je ne me soucie ni de Dom Thomas ni de Dom Martin.

Anselme
De grâce, laissez−le parler, nous verrons ce qu'il en veut dire.

Valère
Je veux dire que c'est lui qui m'a donné le jour.

Anselme
Lui ?

Valère
Oui.

Anselme
Allez ; vous vous moquez. Cherchez quelque autre histoire, qui vous puisse mieux réussir, et ne prétendez pas vous sauver sous cette imposture.

Valère
Songez à mieux parler. Ce n'est point une imposture ; et je n'avance rien qu'il ne me soit aisé de justifier.

Anselme
Quoi ? vous osez vous dire fils de Dom Thomas d'Alburcy ?

Valère
Oui, je l'ose ; et je suis prêt de soutenir cette vérité contre qui que ce soit.

Anselme
L'audace est merveilleuse. Apprenez, pour vous confondre, qu'il y a seize ans pour le moins que l'homme dont vous nous parlez périt sur mer avec ses enfants et sa femme, en voulant dérober leur vie aux cruelles persécutions qui ont accompagné les désordres de Naples, et qui en firent exiler plusieurs nobles familles.

Valère
Oui ; mais apprenez, pour vous confondre, vous, que son fils, âgé de sept ans, avec un domestique, fut sauvé de ce naufrage par un vaisseau espagnol, et que ce fils sauvé est

celui qui vous parle ; apprenez que le capitaine de ce vaisseau, touché de ma fortune, prit amitié pour moi ; qu'il me fit élever comme son propre fils, et que les armes furent mon emploi dès que je m'en trouvai capable ; que j'ai su depuis peu que mon père n'étoit point mort, comme je l'avois toujours cru ; que passant ici pour l'aller chercher, une aventure, par le Ciel concertée, me fit voir la charmante Elise ; que cette vue me rendit esclave de ses beautés ; et que la violence de mon amour, et les sévérités de son père, me firent prendre la résolution de m'introduire dans son logis, et d'envoyer un autre à la quête de mes parents.

Anselme
Mais quels témoignages encore, autres que vos paroles, nous peuvent assurer que ce ne soit point une fable que vous ayez bâtie sur une vérité ?

Valère
Le capitaine espagnol ; un cachet de rubis qui étoit à mon père ; un bracelet d'agate que ma mère m'avoit mis au bras ; le vieux Pedro, ce domestique qui se sauva avec moi du naufrage.

Mariane
Hélas ! à vos paroles je puis ici répondre, moi, que vous n'imposez point ; et tout ce que vous dites me fait connoître clairement que vous êtes mon frère.

Valère
Vous ma soeur ?

Mariane
Oui. Mon coeur s'est ému dès le moment que vous avez ouvert la bouche ; et notre mère, que vous allez ravir, m'a mille fois entretenue des disgrâces de notre famille. Le Ciel ne nous fit point aussi périr dans ce triste naufrage ; mais il ne nous sauva la vie que par la perte de notre liberté ; et ce furent des corsaires qui nous recueillirent, ma mère et moi, sur un débris de notre vaisseau. Après dix ans d'esclavage, une heureuse fortune nous rendit notre liberté, et nous retournâmes dans Naples, où nous trouvâmes tout notre bien vendu, sans y pouvoir trouver des nouvelles de notre père. Nous passâmes à Gênes, où ma mère alla ramasser quelques malheureux restes d'une succession qu'on avoit déchirée ; et de là, fuyant la barbare injustice de ses parents, elle vint en ces lieux, où elle n'a presque vécu que d'une vie languissante.

Anselme
O Ciel ! quels sont les traits de ta puissance ! et que tu fais bien voir qu'il n'appartient qu'à toi de faire des miracles ! Embrassez−moi, mes enfants, et mêlez tous deux vos transports à ceux de votre père.

Valère
Vous êtes notre père ?

Mariane
C'est vous que ma mère a tant pleuré ?

Anselme
Oui, ma fille, oui, mon fils, je suis Dom Thomas d'Alburcy, que le Ciel garantit des ondes avec tout l'argent qu'il portoit, et qui vous ayant tous crus morts durant plus de seize ans, se préparoit, après de longs voyages, à chercher dans l'hymen d'une douce et sage personne la consolation de quelque nouvelle famille. Le peu de sûreté que j'ai vu pour ma vie à retourner à Naples, m'a fait y renoncer pour toujours ; et ayant su trouver moyen d'y faire vendre ce que j'avois, je me suis habitué ici, où, sous le nom d'Anselme, j'ai voulu m'éloigner les chagrins de cet autre nom qui m'a causé tant de traverses.

Harpagon
C'est là votre fils ?

Anselme
Oui.

Harpagon
Je vous prends à partie, pour me payer dix mille écus qu'il m'a volés.

Anselme
Lui, vous avoir volé ?

Harpagon
Lui−même.

Valère
Qui vous dit cela ?

Harpagon
Maître Jacques.

Valère
C'est toi qui le dis ?

Maître Jacques
Vous voyez que je ne dis rien.

Harpagon
Oui : voilà Monsieur le Commissaire qui a reçu sa déposition.

Valère
Pouvez−vous me croire capable d'une action si lâche ?

Harpagon
Capable ou non capable, je veux ravoir mon argent.

Scène VI


Cléante, Valère, Mariane, Elise, Frosine, Harpagon, Anselme, Maître Jacques, La Flèche, Le commissaire, Son Clerc


Cléante
Ne vous tourmentez point, mon père, et n'accusez personne. J'ai découvert des nouvelles de votre affaire, et je viens ici pour vous dire que, si vous voulez vous résoudre à me laisser épouser Mariane, votre argent vous sera rendu.

Harpagon
Où est−il ?

Cléante
Ne vous en mettez point en peine : il est en lieu dont je réponds, et tout ne dépend que de moi. C'est à vous de me dire à quoi vous vous déterminez ; et vous pouvez choisir, ou de me donner Mariane ; ou de perdre votre cassette.

Harpagon
N'en a−t−on rien ôté ?

Cléante
Rien du tout. Voyez si c'est votre dessein de souscrire à ce mariage, et de joindre votre consentement à celui de sa mère, qui lui laisse la liberté de faire un choix entre nous deux.

Mariane
Mais vous ne savez pas que ce n'est pas assez que ce consentement, et que le Ciel, avec un frère que vous voyez, vient de me rendre un père dont vous avez à m'obtenir.

Anselme
Le Ciel, mes enfants, ne me redonne point à vous pour être contraire à vos voeux. Seigneur Harpagon, vous jugez bien que le choix d'une jeune personne tombera sur le fils plutôt que sur le père. Allons, ne vous faites point dire ce qu'il n'est pas nécessaire d'entendre, et consentez ainsi que moi à ce double hyménée.

Harpagon
Il faut, pour me donner conseil, que je voie ma cassette.

Cléante
Vous la verrez saine et entière.

Harpagon
Je n'ai point d'argent à donner en mariage à mes enfants.

Anselme
Hé bien ! j'en ai pour eux ; que cela ne vous inquiète point.

Harpagon
Vous obligerez−vous à faire tous les frais de ces deux mariages ?

Anselme
Oui, je m'y oblige ; êtes−vous satisfait ?

Harpagon
Oui, pourvu que pour les noces vous me fassiez faire un habit.

Anselme
D'accord. Allons jouir de l'allégresse que cet heureux jour nous présente.

Le Commissaire
Holà ! Messieurs, holà ! tout doucement, s'il vous plaît : qui me payera mes écritures ?

Harpagon
Nous n'avons que faire de vos écritures.

Le Commissaire
Oui ! mais je ne prétends pas, moi, les avoir faites pour rien.

Harpagon
Pour votre payement, voilà un homme que je vous donne à pendre.

Maître Jacques
Hélas ! comment faut−il donc faire ? On me donne des coups de bâton pour dire vrai, et on me veut pendre pour mentir.

Anselme
Seigneur Harpagon, il faut lui pardonner cette imposture.

Harpagon
Vous payerez donc le Commissaire ?

Anselme
Soit. Allons vite faire part de notre joie à votre mère.

Harpagon
Et moi, voir ma chère cassette.
 

FIN

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lol griffonne : Ook Le 04 décembre, 18h33 via Résumé - Les Fourberies De ...

Madson griffonne : Je m'appelle Mady Ouedraogo .je vous dit: nous devons accomplir nos devoirs.defendre nos droits fait partie de nos devoirs Le 04 décembre, 9h46

Pierre Corneille scribouille : Je m'appelle Pierre Corneille je suis mort le 2 décembre je meur avec la chimère Le 02 décembre, 13h49 via Résumé du livre : Le Cid de...

reptilause murmure : TG Le 02 décembre, 13h48 via Résumé du livre : Le Cid de...

reptilause scribouille : Salut bande
de BN
Le 02 décembre, 13h48 via Résumé du livre : Le Cid de...

reptilause tergiverse : Reptileuse Le 02 décembre, 13h47 via Résumé du livre : Le Cid de...

Xeno déclare : Ok on y gagne quoi Le 30 novembre, 16h38 via Texte intégral - L'Avare de...

bobo écrit : WTF le calcul !*
Des barres!
Le 28 novembre, 20h31 via Résumé : La Promesse de l'a...

bobo scribouille : Merci!
Ca va me servir!
Le 28 novembre, 20h30 via Résumé : La Promesse de l'a...

bobo s'exclame : Tchippppppppp Le 28 novembre, 20h30 via Résumé : La Promesse de l'a...

mimi déclame : Qui aime chica vampiro ou bien qui a deja vu chica vampiro Le 28 novembre, 12h24 via Résumé - Les Fourberies De ...

lol bafouille : Lol le calcul Le 27 novembre, 15h50 via Mémo de VHDL

jenpierrdecou écrit : Et les armes en diamant sur bo2 Le 26 novembre, 14h22 via Résumé : L'Avare

jenpierrdecou déclame : Ctrl+w et vous avez argent illimité sur gta Le 26 novembre, 14h21 via Résumé : L'Avare

jenpierrdecou bafouille : Lololollolol Le 26 novembre, 14h21 via Résumé : L'Avare

jen déclare : Oké Le 26 novembre, 14h20 via Résumé : L'Avare

123 gribouille : Slttttttt Le 26 novembre, 13h23 via Résumé : Le Mariage de Figa...

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