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Cahier de l'élève



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Littérature : Texte intégral - L'Avare de Molière - Acte 3

< Acte II Sommaire, Introduction, 1, 2, 3, 4, 5 Acte IV >

Acte III


Scène I

Harpagon, Cléante, Elise, Valère, Dame Claude, Maître Jacques, Brindavoine, La Merluche


Harpagon
Allons, venez çà tous, que je vous distribue mes ordres pour tantôt et règle à chacun son emploi. Approchez, dame Claude. Commençons par vous. (Elle tient un balai.) Bon, vous voilà les armes à la main. Je vous commets au soin de nettoyer partout ; et surtout prenez garde de ne point frotter les meubles trop fort, de peur de les user. Outre cela, je vous constitue, pendant le soupé, au gouvernement des bouteilles ; et s'il s'en écarte quelqu'une et qu'il se casse quelque chose, je m'en prendrai à vous, et le rabattrai sur vos gages.

Maître Jacques
Châtiment politique.

Harpagon
Allez. Vous, Brindavoine, et vous, la Merluche, je vous établis dans la charge de rincer les verres, et de donner à boire, mais seulement lorsque l'on aura soif, et non pas selon la coutume de certains impertinents de laquais, qui viennent provoquer les gens, et les faire aviser de boire lorsqu'on n'y songe pas. Attendez qu'on vous en demande plus d'une fois, et vous ressouvenez de porter toujours beaucoup d'eau.

Maître Jacques
Oui : le vin pur monte à la tête.

La Merluche
Quitterons−nous nos siquenilles, Monsieur ?

Harpagon
Oui, quand vous verrez venir les personnes ; et gardez bien de gâter vos habits.

Brindavoine
Vous savez bien, Monsieur, qu'un des devants de mon pourpoint est couvert d'une grande tache de l'huile de la lampe.

Le Merluche
Et moi, Monsieur, que j'ai mon haut−de−chausses tout troué par derrière, et qu'on me voit, révérence parler...

Harpagon
Paix. Rangez cela adroitement du côté de la muraille, et présentez toujours le devant au monde. (Harpagon met son chapeau au−devant de son pourpoint, pour montrer à Brindavoine comment il doit faire pour cacher la tache d'huile.) Et vous, tenez toujours votre chapeau ainsi, lorsque vous servirez. Pour vous, ma fille, vous aurez l'oeil sur ce que l'on desservira, et prendrez garde qu'il ne s'en fasse

aucun dégât. Cela sied bien aux filles. Mais cependant préparez−vous à bien recevoir ma maîtresse, qui vous doit venir visiter et vous mener avec elle à la foire. Entendez−vous ce que je vous dis ?

Elise
Oui, mon père.

Harpagon.
Et vous, mon fils le Damoiseau, à qui j'ai la bonté de pardonner l'histoire de tantôt, ne vous allez pas aviser non plus de lui faire mauvais visage.

Cléante
Moi, mon père, mauvais visage ? Et par quelle raison ?

Harpagon
Mon Dieu ! nous savons le train des enfants dont les pères se remarient, et de quel oeil ils ont coutume de regarder ce qu'on appelle belle−mère. Mais si vous souhaitez que je perde le souvenir de votre dernière fredaine, je vous recommande surtout de régaler d'un bon visage cette personne−là, et de lui faire enfin tout le meilleur accueil qu'il vous sera possible.

Cléante
A vous dire le vrai, mon père, je ne puis pas vous promettre d'être bien aise qu'elle devienne ma belle−mère : je

mentirois, si je vous le disois ; mais pour ce qui est de la bien recevoir, et de lui faire bon visage, je vous promets de vous obéir ponctuellement sur ce chapitre.

Harpagon
Prenez−y garde au moins.

Cléante
Vous verrez que vous n'aurez pas sujet de vous en plaindre.

Harpagon
Vous ferez sagement. Valère, aide−moi à ceci. Ho çà, maître Jacques, approchez−vous, je vous ai gardé pour le dernier.

Maître Jacques
Est−ce à votre cocher, Monsieur, ou bien à votre cuisinier, que vous voulez parler ? car je suis l'un et l'autre.

Harpagon
C'est à tous les deux.

Maître Jacques
Mais à qui des deux le premier ?

Harpagon
Au cuisinier.

Maître Jacques
Attendez donc, s'il vous plaît. (Il ôte sa casaque de cocher, et paroît vêtu en cuisinier.)

Harpagon
Quelle diantre de cérémonie est−ce là ?

Maître Jacques
Vous n'avez qu'à parler.

Harpagon
Je me suis engagé, maître Jacques, à donner ce soir à souper.

Maître Jacques
Grande merveille !

Harpagon
Dis−moi un peu, nous feras−tu bonne chère ?

Maître Jacques
Oui, si vous me donnez bien de l'argent.

Harpagon
Que diable, toujours de l'argent ! Il semble qu'ils n'aient autre chose à dire : "De l'argent, de l'argent, de l'argent." Ah ! ils n'ont que ce mot à la bouche : "De l'argent." Toujours parler d'argent. Voilà leur épée de chevet, de l'argent.

Valère
Je n'ai jamais vu de réponse plus impertinente que celle−là. Voilà une belle merveille que de faire bonne chère avec bien de l'argent : c'est une chose la plus aisée du monde, et il n'y a si pauvre esprit qui n'en fît bien autant ; mais pour agir en habile homme, il faut parler de faire bonne chère avec peu d'argent.

Maître Jacques
Bonne chère avec peu d'argent !

Valère
Oui.

Maître Jacques
Par ma foi, Monsieur l'intendant, vous nous obligerez de nous faire voir ce secret, et de prendre mon office de cuisinier : aussi bien vous mêlez−vous céans d'être le factoton.

Harpagon
Taisez−vous. Qu'est−ce qu'il nous faudra ?

Maître Jacques
Voilà Monsieur votre intendant, qui vous fera bonne chère pour peu d'argent.

Harpagon
Haye ! je veux que tu me répondes.

Maître Jacques
Combien serez−vous de gens à table ?

Harpagon
Nous serons huit ou dix ; mais il ne faut prendre que huit ; quand il y a à manger pour huit, il y en a bien pour dix.

Valère
Cela s'entend.

Maître Jacques
Hé bien ! il faudra quatre grands potages, et cinq assiettes. Potages... Entrées...

Harpagon
Que diable ! voilà pour traiter toute une ville entière.

Maître Jacques
Rôt...

Harpagon, en lui mettant la main sur la bouche.
Ah ! traître, tu manges tout mon bien.

Maître Jacques
Entremets...

Harpagon
Encore ?

Valère
Est−ce que vous avez envie de faire crever tout le monde ? et Monsieur a−t−il invité des gens pour les assassiner à force de mangeaille ? Allez−vous−en lire un peu les préceptes de la santé, et demander aux médecins s'il y a rien de plus préjudiciable à l'homme que de manger avec excès.

Harpagon
Il a raison.

Valère
Apprenez, maître Jacques, vous et vos pareils, que c'est un coupe−gorge qu'une table remplie de trop de viandes ; que pour se bien montrer ami de ceux que l'on invite, il faut que la frugalité règne dans les repas qu'on donne ; et que, suivant le dire d'un ancien, il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger.

Harpagon
Ah ! que cela est bien dit ! Approche, que je t'embrasse pour ce mot. Voilà la plus belle sentence que j'aie entendue de ma vie. Il faut vivre pour manger, et non pas manger pour vi... Non, ce n'est pas cela. Comment est−ce que tu dis ?

Valère
Qu'il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger.

Harpagon
Oui. Entends−tu ? Qui est le grand homme qui a dit cela ?

Valère
Je ne me souviens pas maintenant de son nom.

Harpagon
Souviens−toi de m'écrire ces mots : je les veux faire graver en lettres d'or sur la cheminée de ma salle.

Valère
Je n'y manquerai pas. Et pour votre soupé, vous n'avez qu'à me laisser faire : je réglerai tout cela comme il faut.

Harpagon
Fais donc.

Maître Jacques
Tant mieux : j'en aurai moins de peine.

Harpagon
Il faudra de ces choses dont on ne mange guère, et qui rassasient d'abord : quelque bon haricot bien gras, avec quelque pâté en pot bien garni de marrons.

Valère
Reposez−vous sur moi.

Harpagon
Maintenant, maître Jacques, il faut nettoyer mon carrosse.

Maître Jacques
Attendez. Ceci s'adresse au cocher. (Il remet sa casaque) Vous dites...

Harpagon
Qu'il faut nettoyer mon carrosse, et tenir mes chevaux tous prêts pour conduire à la foire...

Maître Jacques
Vos chevaux, Monsieur ? Ma foi, ils ne sont point du tout en état de marcher. Je ne vous dirai point qu'ils sont sur la litière, les pauvres bêtes n'en ont point, et ce seroit fort mal parler ; mais vous leur faites observer des jeûnes si austères, que ce ne sont plus rien que des idées ou des fantômes, des façons de chevaux.

Harpagon
Les voilà bien malades : ils ne font rien.

Maître Jacques
Et pour ne faire rien, Monsieur, est−ce qu'il ne faut rien manger ? Il leur vaudroit bien mieux, les pauvres animaux ; de travailler beaucoup, de manger de même. Cela me fend le coeur, de les voir ainsi exténués ; car enfin j'ai une tendresse pour mes chevaux, qu'il me semble que c'est moi−même quand je les vois pâtir ; je m'ôte tous les jours pour eux les choses de la bouche ; et c'est être, Monsieur, d'un naturel trop dur, que de n'avoir nulle pitié de son prochain.

Harpagon
Le travail ne sera pas grand, d'aller jusqu'à la foire.

Maître Jacques
Non, Monsieur, je n'ai pas le courage de les mener, et je ferois conscience de leur donner des coups de fouet, en l'état où ils sont. Comment voudriez−vous qu'ils traînassent un carrosse, qu'ils ne peuvent pas se traîner eux−mêmes ?

Valère
Monsieur, j'obligerai le voisin le Picard à se charger de les conduire ; aussi bien nous fera−t−il ici besoin pour apprêter le soupé.

Maître Jacques
Soit : j'aime mieux encore qu'ils meurent sous la main d'un autre que sous la mienne.

Valère
Maître Jacques fait bien le raisonnable.

Maître Jacques
Monsieur l'intendant fait bien le nécessaire.

Harpagon
Paix !

Maître Jacques
Monsieur, je ne saurois souffrir les flatteurs ; et je vois que ce qu'il en fait, que ses contrôles perpétuels sur le pain et le vin, le bois, le sel, et la chandelle, ne sont rien que pour

vous gratter et vous faire sa cour. J'enrage de cela, et je suis fâché tous les jours d'entendre ce qu'on dit de vous ; car enfin je me sens pour vous de la tendresse, en dépit que j'en aie ; et après mes chevaux, vous êtes la personne que j'aime le plus.

Harpagon
Pourrois−je savoir de vous, maître Jacques, ce que l'on dit de moi ?

Maître Jacques
Oui, Monsieur, si j'étois assuré que cela ne vous fâchât point.

Harpagon
Non, en aucune façon.

Maître Jacques
Pardonnez−moi : je sais fort bien que je vous mettrois en colère.

Harpagon
Point du tout : au contraire, c'est me faire plaisir, et je suis bien aise d'apprendre comme on parle de moi.

Maître Jacques
Monsieur, puisque vous le voulez, je vous dirai franchement qu'on se moque partout de vous ; qu'on nous jette de tous côtés cent brocards à votre sujet ; et que l'on n'est point plus ravi que de vous tenir au cul et aux chausses, et de faire sans

cesse des contes de votre lésine. L'un dit que vous faites imprimer des almanachs particuliers, où vous faites doubler les quatre−temps et les vigiles, afin de profiter des jeûnes où vous obligez votre monde. L'autre, que vous avez toujours une querelle toute prête à faire à vos valets dans le temps des étrennes, ou de leur sortie d'avec vous, pour vous trouver une raison de ne leur donner rien. Celui−là conte qu'une fois vous fîtes assigner le chat d'un de vos voisins, pour vous avoir mangé un reste d'un gigot de mouton. Celui−ci, que l'on vous surprit une nuit, en venant dérober vous−même l'avoine de vos chevaux ; et que votre cocher, qui étoit celui d'avant moi, vous donna dans l'obscurité je ne sais combien de coups de bâton, dont vous ne voulûtes rien dire. Enfin voulez−vous que je vous dise ? On ne sauroit aller nulle part où l'on ne vous entende accommoder de toutes pièces ; vous êtes la fable et la risée de tout le monde ; et jamais on ne parle de vous, que sous les noms d'avare, de ladre, de vilain et de fesse−mathieu.

Harpagon, en le battant.
Vous êtes un sot, un maraud, un coquin, et un impudent.

Maître Jacques
Hé bien ! ne l'avois−je pas deviné ? Vous ne m'avez pas voulu croire : je vous l'avois bien dit que je vous fâcherois de vous dire la vérité.

Harpagon
Apprenez à parler.

Scène II

Maître Jacques, Valère


Valère
A ce que je puis voir, maître Jacques, on paye mal votre franchise.

Maître Jacques
Morbleu ! Monsieur le nouveau venu, qui faites l'homme d'importance, ce n'est pas votre affaire. Riez de vos coups de bâton quand on vous en donnera, et ne venez point rire des miens.

Valère
Ah ! Monsieur maître Jacques, ne vous fâchez pas, je vous prie.

Maître Jacques
Il file doux. Je veux faire le brave et s'il est assez sot pour me craindre, le frotter quelque peu. Savez−vous bien, Monsieur le rieur, que je ne ris pas, moi ? et que si vous m'échauffez la tête, je vous ferai rire d'une autre sorte ? (Maître Jacques pousse Valère jusques au bout du théâtre, en le menaçant.)

Valère
Eh ! doucement.

Maître Jacques
Comment, doucement ? Il ne me plaît pas, moi.

Valère
De grâce.

Maître Jacques
Vous êtes un impertinent.

Valère
Monsieur maître Jacques...

Maître Jacques
Il n'y a point de Monsieur maître Jacques pour un double. Si je prends un bâton, je vous rosserai d'importance.

Valère
Comment, un bâton ? (Valère le fait reculer autant qu'il l'a fait.)

Maître Jacques
Eh ! je ne parle pas de cela.

Valère
Savez−vous bien, Monsieur le fat, que je suis homme à vous rosser vous−même ?

Maître Jacques
Je n'en doute pas.

Valère
Que vous n'êtes, pour tout potage, qu'un faquin de cuisinier ?

Maître Jacques
Je le sais bien.

Valère
Et que vous ne me connoissez pas encore.

Maître Jacques
Pardonnez−moi.

Valère
Vous me rosserez, dites−vous ?

Maître Jacques
Je le disois en raillant.

Valère
Et moi, je ne prends point de goût à votre raillerie. (Il lui donne des coups de bâton.) Apprenez que vous êtes un mauvais railleur.

Maître Jacques
Peste soit la sincérité ! c'est un mauvais métier. Désormais j'y renonce, et je ne veux plus dire vrai. Passe encore pour mon maître ; il a quelque droit de me battre ; mais pour ce Monsieur l'intendant, je m'en vengerai si je puis.

Scène III

Frosine, Mariane, Maître Jacques


Frosine
Savez−vous, maître Jacques, si votre maître est au logis ?

Maître Jacques
Oui vraiment il y est, je ne le sais que trop.

Frosine
Dites−lui, je vous prie, que nous sommes ici.

Scène IV

Mariane, Frosine


Mariane
Ah ! que je suis, Frosine, dans un étrange état ! et s'il faut dire ce que je sens, que j'appréhende cette vue !

Frosine
Mais pourquoi, et quelle est votre inquiétude ?

Mariane
Hélas ! me le demandez−vous ? et ne vous figurez−vous point les alarmes d'une personne toute prête à voir le supplice où l'on veut l'attacher ?

Frosine
Je vois bien que, pour mourir agréablement, Harpagon n'est pas le supplice que vous voudriez embrasser ; et je connois à votre mine que le jeune blondin dont vous m'avez parlé vous revient un peu dans l'esprit.

Mariane
Oui, c'est une chose, Frosine, dont je ne veux pas me défendre ; et les visites respectueuses qu'il a rendues chez nous ont fait, je vous l'avoue, quelque effet dans mon âme.

Frosine
Mais avez−vous su quel il est ?

Mariane
Non, je ne sais point quel il est ; mais je sais qu'il est fait d'un air à se faire aimer ; que si l'on pouvoit mettre les choses à mon choix, je le prendrois plutôt qu'un autre ; et qu'il ne contribue pas peu à me faire trouver un tourment effroyable dans l'époux qu'on veut me donner.

Frosine
Mon Dieu ! tous ces blondins sont agréables, et débitent fort bien leur fait ; mais la plupart sont gueux comme des rats ; et il vaut mieux pour vous de prendre un vieux mari qui vous donne beaucoup de bien. Je vous avoue que les sens ne trouvent pas si bien leur compte du côté que je dis, et qu'il y a quelques petits dégoûts à essuyer avec un tel époux ; mais cela n'est pas pour durer, et sa mort, croyez−moi, vous mettra bientôt en état d'en prendre un plus aimable, qui réparera toutes choses.

Mariane
Mon Dieu ! Frosine, c'est une étrange affaire, lorsque, pour être heureuse, il faut souhaiter ou attendre le trépas de quelqu'un, et la mort ne suit pas tous les projets que nous faisons.

Frosine
Vous moquez−vous ? Vous ne l'épousez qu'aux conditions de vous laisser veuve bientôt ; et ce doit être là un des articles du contrat. Il seroit bien impertinent de ne pas mourir dans trois mois. Le voici en propre personne.

Mariane
Ah ! Frosine, quelle figure !

Scène V

Harpagon, Frosine, Mariane


Harpagon
Ne vous offensez pas, ma belle, si je viens à vous avec des lunettes. Je sais que vos appas frappent assez les yeux, sont assez visibles d'eux−mêmes, et qu'il n'est pas besoin de lunettes pour les apercevoir ; mais enfin c'est avec des lunettes qu'on observe les astres ; et je maintiens et garantis que vous êtes un astre, mais un astre le plus bel astre qui soit dans le pays des astres. Frosine, elle ne répond mot, et ne témoigne, ce me semble, aucune joie de me voir.

Frosine
C'est qu'elle est encore toute surprise ; et puis les filles ont toujours honte à témoigner d'abord ce qu'elles ont dans l'âme.

Harpagon
Tu as raison. Voilà, belle mignonne, ma fille qui vient vous saluer.

Scène VI

Elise, Harpagon, Mariane, Frosine


Mariane
Je m'acquitte bien tard, Madame, d'une telle visite.

Elise
Vous avez fait, Madame, ce que je devois faire, et c'étoit à moi de vous prévenir.

Harpagon
Vous voyez qu'elle est grande ; mais mauvaise herbe croît toujours.

Mariane, bas à Frosine.
Oh ! l'homme déplaisant !

Harpagon
Que dit la belle ?

Frosine
Qu'elle vous trouve admirable.

Harpagon
C'est trop d'honneur que vous me faites, adorable mignonne.

Mariane, à part.
Quel animal !

Harpagon
Je vous suis trop obligé de ces sentiments.

Mariane, à part.
Je n'y puis plus tenir.

Harpagon
Voici mon fils aussi qui vous vient faire la révérence.

Mariane, à part, à Frosine.
Ah ! Frosine, quelle rencontre ! C'est justement celui dont je t'ai parlé.

Frosine, à Mariane.
L'aventure est merveilleuse.

Harpagon
Je vois que vous vous étonnez de me voir de si grands enfants, mais je serai bientôt défait et de l'un et de l'autre.

Scène VII

Cléante, Harpagon, Elise, Mariane, Frosine


Cléante
Madame, à vous dire le vrai, c'est ici une aventure où sans doute je ne m'attendois pas ; et mon père ne m'a pas peu surpris lorsqu'il m'a dit tantôt le dessein qu'il avoit formé.

Mariane
Je puis dire la même chose. C'est une rencontre imprévue qui m'a surprise autant que vous ; et je n'étois point préparée à une pareille aventure.

Cléante
Il est vrai que mon père, Madame, ne peut pas faire un plus beau choix, et que ce m'est une sensible joie que l'honneur de vous voir ; mais avec tout cela, je ne vous assurerai point que je me réjouis du dessein où vous pourriez être de devenir ma belle−mère. Le compliment, je vous l'avoue, est trop difficile pour moi ; et c'est un titre, s'il vous plaît, que je ne vous souhaite point. Ce discours paroîtra brutal aux yeux de quelques−uns ; mais je suis assuré que vous serez personne à le prendre comme il faudra ; que c'est un mariage, Madame, où vous vous imaginez bien que je dois avoir de la répugnance ; que vous n'ignorez pas, sachant ce que je suis, comme il choque mes intérêts ; et que vous voulez bien enfin que je vous dise, avec la permission de mon père, que si les choses dépendoient de moi, cet hymen ne se feroit point.

Harpagon
Voilà un compliment bien impertinent : quelle belle confession à lui faire !

Mariane
Et moi, pour vous répondre, j'ai à vous dire que les choses sont fort égales ; et que si vous auriez de la répugnance à me voir votre belle−mère, je n'en aurois pas moins sans doute à vous voir mon beau−fils. Ne croyez pas, je vous prie, que ce soit moi qui cherche à vous donner cette inquiétude. Je serois fort fâchée de vous causer du déplaisir ; et si je ne m'y vois forcée par une puissance absolue, je vous donne ma parole que je ne consentirai point au mariage qui vous chagrine.

Harpagon
Elle a raison ; à sot compliment il faut une réponse de même. Je vous demande pardon, ma belle, de l'impertinence de mon fils. C'est un jeune sot, qui ne sait pas encore la conséquence des paroles qu'il dit.

Mariane
Je vous promets que ce qu'il m'a dit ne m'a point du tout offensée ; au contraire, il m'a fait plaisir de m'expliquer ainsi ses véritables sentiments. J'aime de lui un aveu de la sorte ; et, s'il avoit parlé d'autre façon, je l'en estimerois bien moins.

Harpagon
C'est beaucoup de bonté à vous de vouloir ainsi excuser ses fautes. Le temps le rendra plus sage, et vous verrez qu'il changera de sentiments.

Cléante
Non, mon père, je ne suis point capable d'en changer, et je prie instamment Madame de le croire.

Harpagon
Mais voyez quelle extravagance ! il continue encore plus fort.

Cléante
Voulez−vous que je trahisse mon coeur ?

Harpagon
Encore ? Avez−vous envie de changer de discours ?

Cléante
Hé bien ! puisque vous voulez que je parle d'autre façon, souffrez, Madame, que je me mette ici à la place de mon père, et que je vous avoue que je n'ai rien vu dans le monde de si charmant que vous ; que je ne conçois rien d'égal au bonheur de vous plaire, et que le titre de votre époux est une gloire, une félicité que je préférerois aux destinées des plus grands princes de la terre. Oui, Madame, le bonheur de vous posséder est à mes regards la plus belle de toutes les fortunes ; c'est où j'attache toute mon ambition ; il n'y a rien que je ne sois capable de faire pour une conquête si précieuse, et les obstacles les plus puissants...

Harpagon
Doucement, mon fils, s'il vous plaît.

Cléante
C'est un compliment que je fais pour vous à Madame.

Harpagon
Mon Dieu ! j'ai une langue pour m'expliquer moi−même, et je n'ai pas besoin d'un procureur comme vous. Allons, donnez des siéges.

Frosine
Non ; il vaut mieux que de ce pas nous allions à la foire, afin d'en revenir plus tôt, et d'avoir tout le temps ensuite de vous entretenir.

Harpagon
Qu'on mette donc les chevaux au carrosse. Je vous prie de m'excuser, ma belle, si je n'ai pas songé à vous donner un peu de collation avant que de partir.

Cléante
J'y ai pourvu, mon père, et j'ai fait apporter ici quelques bassins d'oranges de la Chine, de citrons doux et de confitures, que j'ai envoyé querir de votre part.

Harpagon, bas à Valère.
Valère !

Valère, à Harpagon.

Il a perdu le sens.

Cléante
Est−ce que vous trouvez, mon père, que ce ne soit pas assez ? Madame aura la bonté d'excuser cela, s'il lui plaît.

Mariane
C'est une chose qui n'étoit pas nécessaire.

Cléante
Avez−vous jamais vu, Madame, un diamant plus vif que celui que vous voyez que mon père a au doigt ?

Mariane
Il est vrai qu'il brille beaucoup.

Cléante (Il l'ôte du doigt de son père et le donne à Mariane.)
Il faut que vous le voyiez de près.

Mariane
Il est fort beau sans doute, et jette quantité de feux.

Cléante (Il se met au−devant de Mariane, qui le veut rendre.)
Nenni, Madame : il est en de trop belles mains. C'est un présent que mon père vous a fait.

Harpagon
Moi ?

Cléante
N'est−il pas vrai, mon père, que vous voulez que Madame le garde pour l'amour de vous ?

Harpagon, à part, à son fils.
Comment ?

Cléante
Belle demande ! Il me fais signe de vous le faire accepter.

Mariane
Je ne veux point...

Cléante
Vous moquez−vous ? Il n'a garde de le reprendre.

Harpagon, à part.
J'enrage !

Mariane
Ce seroit...

Cléante, en empêchant toujours Mariane de rendre la bague.
Non, vous dis−je, c'est l'offenser.

Mariane
De grâce...

Cléante
Point du tout.

Harpagon, à part.
Peste soit...

Cléante
Le voilà qui se scandalise de votre refus.

Harpagon, bas, à son fils.
Ah ! traître !

Cléante
Vous voyez qu'il se désespère.

Harpagon, bas, à son fils, en le menaçant.
Bourreau que tu es !

Cléante
Mon père, ce n'est pas ma faute. Je fais ce que je puis pour l'obliger à la garder ; mais elle est obstinée.

Harpagon, bas, à son fils, avec emportement.
Pendard !

Cléante
Vous êtes cause, Madame, que mon père me querelle.

Harpagon, bas, à son fils, avec les mêmes grimaces.
Le coquin !

Cléante
Vous le ferez tomber malade. De grâce, Madame, ne résistez point davantage.

Frosine
Mon Dieu ! que de façons ! Gardez la bague, puisque Monsieur le veut.

Mariane
Pour ne vous point mettre en colère, je la garde maintenant ; et je prendrai un autre temps pour vous la rendre.

Scène VIII

Harpagon, Mariane, Frosine, Cléante, Brindavoine, Elise


Brindavoine
Monsieur, il y a là un homme qui veut vous parler.

Harpagon
Dis−lui que je suis empêché, et qu'il revienne une autre fois.

Brindavoine
Il dit qu'il vous apporte de l'argent.

Harpagon
Je vous demande pardon. Je reviens tout à l'heure.

Scène IX

Harpagon, Mariane, Cléante, Elise, Frosine, La Merluche

La Merluche (Il vient en courant, et fait tomber Harpagon.)
Monsieur...

Harpagon
Ah ! je suis mort.

Cléante
Qu'est−ce, mon père ? vous êtes−vous fait mal ?

Harpagon
Le traître assurément a reçu de l'argent de mes débiteurs, pour me faire rompre le cou.

Valère
Cela ne sera rien.

La Merluche
Monsieur, je vous demande pardon, je croyois bien faire d'accourir vite.

Harpagon
Que viens−tu faire ici, bourreau ?

La Merluche
Vous dire que vos deux chevaux sont déferrés.

Harpagon
Qu'on les mène promptement chez le maréchal.

Cléante
En attendant qu'ils soient ferrés, je vais faire pour vous, mon père, les honneurs de votre logis, et conduire Madame dans le jardin, où je ferai porter la collation.

Harpagon
Valère, aie un peu l'oeil à tout cela ; et prends soin, je te prie, de m'en sauver le plus que tu pourras, pour le renvoyer au marchand.

Valère
C'est assez.

Harpagon
O fils impertinent, as−tu envie de me ruiner ?

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jenpierrdecou écrit : Et les armes en diamant sur bo2 Le 26 novembre, 14h22 via Résumé : L'Avare

jenpierrdecou déclame : Ctrl+w et vous avez argent illimité sur gta Le 26 novembre, 14h21 via Résumé : L'Avare

jenpierrdecou bafouille : Lololollolol Le 26 novembre, 14h21 via Résumé : L'Avare

jen déclare : Oké Le 26 novembre, 14h20 via Résumé : L'Avare

123 gribouille : Slttttttt Le 26 novembre, 13h23 via Résumé : Le Mariage de Figa...

Bnmaster chuchote : @lali Le voici Les Fourberies de Scapin Le 24 novembre, 10h13 via Résumé - Les Fourberies De ...

lali écrit : S il vous plait est ce que vous pouvez me donner le resume de fourberie de scapin merci d avance Le 23 novembre, 13h29 via Fiches sur les personnages ...

lali griffonne : Bibi est ce que c est l histoire du fourberie de scapin? Le 23 novembre, 13h28 via Fiches sur les personnages ...

bibi dit : Yo bb Le 23 novembre, 11h40 via Fiches sur les personnages ...

Bnmaster proclame : @eddiegreatbanks Nope, désolé.N'hésite pas à me l'envoyer un si tu en écris un. Le 22 novembre, 9h50 via Accueil

Zefir scribouille : Coucou Celia Faure, je viens de terminer le tom 7 de Autre monde de Maxime Chattam. J'ai énormément apprécié ce livre et je te le conseille vivement, même si je ne connais pas tes goûts. Si tu veux d'autres conseils plus en détail, on peux me contacter par skype: zefir-0011, mail: Adresse emailm.
Très bonne journée à tous !
Le 20 novembre, 16h28

bakalaye écrit : Oee les gens Le 17 novembre, 22h01 via Résumé : Le Tartuffe de Mol...

cheick écrit : Tout seul Le 17 novembre, 20h25 via Résumé : La Promesse de l'a...

cheick murmure : Personne Le 17 novembre, 20h25 via Résumé : La Promesse de l'a...

cheick écrit : Vous Etes d acore Le 17 novembre, 20h25 via Résumé : La Promesse de l'a...

cheick proclame : Aillllll Le 17 novembre, 20h24 via Résumé : La Promesse de l'a...

cheick proclame : Pogba ballon d or Le 17 novembre, 20h23 via Résumé : La Promesse de l'a...

cheick s'exclame : Je rigole Le 17 novembre, 20h23 via Résumé : La Promesse de l'a...

cheick dit : Aller voire Le 17 novembre, 20h22 via Résumé : La Promesse de l'a...

cheick chuchote : Hhh Le 17 novembre, 20h21 via Résumé : La Promesse de l'a...

Niainez gribouille : Weshhhh Le 17 novembre, 19h17 via Résumé : La Promesse de l'a...

sophie écrit : C'est trop facile Le 17 novembre, 14h12 via Texte intégral - Le Médecin...

k proclame : K Le 13 novembre, 19h33 via Romain Gary : La Promesse d...

@eddiegreatbanks dit : Est ce que vous avez un resume de nantas de zola? Le 09 novembre, 17h21 via Recherche

Bnmaster scribouille : @celia faure Il va falloir nous dire ce que tu préfères comme style pour qu'on puisse te conseiller : fiction, fantasy, historique, ... ? Le 09 novembre, 8h54 via Centrale PC 1997 - Exercice...

tgttttg écrit : Vt Le 09 novembre, 0h17 via Accueil

tgttttg dit : Vfev Le 09 novembre, 0h17 via Accueil

lola dit : Bruuuuuuuuuh Le 08 novembre, 17h41 via Fiches sur les personnages ...

kk scribouille : Salam Le 08 novembre, 15h22 via Les avantages et les risque...

quentin déclame : Littérature : Résumé : La Promesse de l'aube Le 07 novembre, 21h36 via Résumé : La Promesse de l'a...

-yu scribouille : -èuè Le 07 novembre, 14h31 via Résumé - Le Médecin Malgrè ...

$ chuchote : 7 Le 07 novembre, 7h45 via Le raisonnement par l'absur...

Bnmaster scribouille : Ok Le 06 novembre, 21h20 via Résumé du livre : Le Cid de...

celia faure dit : Personne ne repond sa devient un peu beaucoup soulant Le 06 novembre, 9h34

celia faure griffonne : Salut auriez vous un livre bien a me conseiller pour lire ?
Merci d'avance !
PS : j'adore lire, voilà pourquoi je vous pose cette question
et aussi je n'ai plus aucun livre que je n'ai pas lu chez moi du coup voili voilou
et encore une fois merci d'avance d'avoir lu mon message
bisous a tous XXX
Le 06 novembre, 9h31

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